• L'Automne c'est la saison des pommes

    L'Automne c'est la saison des pommes

    « L’automne c’est la saison des pommes. »

    C’est bien les proverbes. Ça met tout le monde d’accord. Avec les proverbes, personne ne conteste. Les gens aiment les proverbes. Ils sont une vérité admise. Avec la politique ; la droite, la gauche et les autres ; le diesel ; le glyphosate ; les radicalisés ; l’interdiction des voitures dans les centres ville ; il y a assez de sujets de désaccords, de sujets pour s’emporter, s’énerver, se fâcher, se dire des mots désagréables. Alors les proverbes c’est bien. « L’automne c’est la saison des pommes. » Tout le monde est d’accord avec ça. Qui peux contester une vérité aussi éclatante ? N’importe qui a pu un jour dans sa vie regarder un pommier et constater qu’il fleurissait au printemps, que ses fruits grossissaient en été, et qu’à l’automne les pommes étaient mures, bonnes à cueillir et à manger. Tenez, essayez de cueillir une pomme au mois de juillet. Portez là à votre bouche et croquez un bon coup de dedans. Vous grimacerez à cause de l’acidité et vous n’aurez qu’une envie : recracher le tout et balancer la pomme au fond du fossé. Non, il n’y a pas à y revenir, l’automne c’est la saison des pommes.

    Il y a d’autres vérités admises. Comme « Il n’y a plus de saisons ».

    En règle générale, tout ce qui touche à la météo a le mérite de mettre tout le monde d’accord. Un peu à la façon des proverbes. Il n’y a plus de saisons, avant on avait de vrais hivers, de vrais étés…

    Ces vérités sont tellement admises que plus personne ne prend le temps de se poser les questions indispensables. S’il n’y a plus de saisons, quand est-ce qu’on mange les pommes ? L’automne est-elle toujours la saison des pommes s’il n’y a plus de saisons ? S’il n’y a plus de saisons qu’est ce qui empêchera les pommes d’être mures en plein hiver ou au printemps ? Vous voyez, les vérités admises sont pleines de contradictions.

    Une façon élégante d’entretenir son petit confort égoïste est de le justifier par un autre proverbe utilisé au bon moment : « Charité bien ordonnée commence par soi-même… » Voilà encore un proverbe qui met tout le monde d’accord, il détient lui aussi une vérité admise que personne ne conteste. Qui voit encore l’énorme contradiction qu’il contient ? Qui s’en soucie ? La charité est l’intérêt pour l’autre, la compassion envers les moins favorisés. La charité est un acte gratuit, désintéressé. Le charitable se tourne vers autrui avant de s’occuper de lui-même. Et voilà que le proverbe justifie toutes les petites bassesses, tous les petits égoïsmes quotidiens.

    Autre lieu commun éculé communément admis : « C’était mieux avant… » Avant quoi ? Qui se pose encore la question ? Personne ! Lancez, en société, un « C’était mieux avant ! », vous récolterez une pluie d’assentiments unanimes, assortis de commentaires abondant en votre sens. Du genre « Ça c’est bien vrai ! », « De mon temps… », « À l’époque on savait s’amuser », « Aujourd’hui les jeunes s’ennuient… » C’était mieux avant… C’est curieux les pouvoirs de l’amnésie collective, vous ne trouvez pas ? On oublie les coups de règles sur les doigts de l’instituteur, le professeur qui nous tirait les cheveux, les chansons de Brassens ou Perret censurées. Et pour les plus âgés, les tickets de rationnement, les queues interminables devant les boulangeries, les privations, les bombardements, les rafles…

    Quand j’entends ça j’ai envie de crier. De faire de mon cri un rempart à la bêtise collective. Hélas, quand je m’insurge, ils se mettent tous d’accord contre moi. Je fais l’unanimité ! Ils hurlent tous avec les loups ! Il y a bien longtemps que personne ici n’a vu la queue d’un loup, mais ça ne fait rien, ils hurlent quand même avec eux ! On n’est pas à une contradiction près…

    C’était mieux avant… Au fond c’est peut-être vrai. Avant il y avait des saisons, on mangeait des pommes en automne, mais d’abord on en cueillait pour les pauvres du quartier. Avant les cruches ne se cassaient pas à force d’aller à l’eau, on ne vendait pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et dans les champs jamais on ne voyait de charrue passer avant les bœufs. Les loups hurlaient au fin fond de forêts denses, et il ne venait à l’idée de personne d’aller hurler avec eux. C’était le bon temps.

    Et en plus on savait s’amuser.

    L'Automne c'est la saison des pommes

     ©Pierre Mangin 2018

    « Comme un Cabri !Enfin ! Me voilà libre ! »
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