• La Personne et la terre

    La Personne et la terre

    Une fois n’est pas coutume, je vous propose un poème, « La Personne et la terre », de Nignam Erreip, poète bien plus inconnu qu’illustre. Il m’a confié tirer de cet anonymat de grands profits. C’est cette non reconnaissance qui lui permet de se rendre au marché sans être contraint de signer des autographes entre le marchand de primeur et celui de poisson.

     La Personne et la terre

    Nignam Erreip

     Homme esclave, toujours tu haïras la terre !

    La terre est ton mirage, tu contemples ton néant

    Dans l’enroulement étriqué de son séant,

    Et ta bêtise n’est pas un crime moins ordinaire.

    Tu détestes flotter au cœur de ton mirage ;

    Tu le repousses des bras et des yeux, et ton cœur

    Réfléchis quelques fois à sa propre clameur

    Au silence de ce chant apprivoisé et sans âge.

    Vous êtes tous les deux lumineux et volages

    Homme, nul n’a gravi les hauteurs de tes cimes

    Ô Terre, tous connaissent ton indigence ultime

    Tant vous êtes pressés d’offrir vos babillages !

    Et cependant voilà des siècles bien comptés

    Que vous vous admirez sans haine ni envie

    Tant vous détestez le battage et la vie

    Ô lutteurs éphémères, ô ennemis jurés !

     

    ©Pierre Mangin 2017

     

    Vous avez lu mes élucubrations jusqu’au bout. Vous avez sans aucun doute mérité de vous plonger dans l’original, signé lui Charles Baudelaire, poète, reconnaissons-le, bien plus illustre qu’inconnu…

     L’Homme et la mer

    Charles Baudelaire

     

    Homme libre, toujours tu chériras la mer !

     

    La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

     

    Dans le déroulement infini de sa lame,

     

    Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

     

     

    Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

     

    Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur

     

    Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

     

    Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

     

     

    Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

     

    Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;

     

    Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

     

    Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

     

     

    Et cependant voilà des siècles innombrables

     

    Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

     

    Tellement vous aimez le carnage et la mort,

     

    Ô lutteurs éternels, ô frères implacables

     

    La Personne et la terre

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