• Les 7 Capitaux, l'avarice. Le mauvais Procès fait à l'avare

    Le mauvais Procès fait à l'avare

     L’avare est victime d’un mauvais procès. On le montre du doigt, on le vilipende, on le maudit (secrètement cependant car l’avare est souvent riche), on le rend responsable de bien des maux… Parfois même de sa propre impéritie pécuniaire.

    On l’affuble de quolibets grotesques, irrévérencieux ou injurieux, c’est au choix. L’avare n’est pas économe, il est radin, pingre, cupide. On dit de lui qu’il a des oursins dans les poches, que son porte-monnaie est en peau de hérisson. Il dort sur un matelas d’argent, et lui qui aime tant amasser l’or ne possède qu’un cœur de pierre. Quelle ironie !

    Dans la littérature l’avare est un personnage mauvais, concentrant sur lui les plus vils instincts, les traits de caractère les plus négatifs. La méchanceté, la ruse, la dissimulation, la bêtise… Le tristement célèbre Harpagon en est devenu l’archétype. Et si la terrible réputation de l’avare était usurpée ? Et si l’avarice, loin d’être un péché capital, était une vertu cardinale ?

    Mes propos vous choquent ? Dites plutôt qu’ils heurtent les idées toutes faites qu’on vous inculque dès votre plus tendre enfance. Oubliez je vous prie tous vos présupposés. Et regardez l’avare d’un œil neuf. Ne le condamnez pas sans jugement. Regardez-le vivre. Lui qui pourrait s’offrir une villa dans les beaux quartiers de la ville habite une vieille masure sombre aux murs couverts de salpêtre. Lui qui pourrait s’offrir la plus confortable des voitures va à pieds dans des souliers éculés. Les transports en commun il les emprunte les jours de gratuité. Chez l’épicier il pourrait sans risquer de s’appauvrir choisir les mets les plus délicats. Il ne glisse dans son cabas que des denrées bon marché : conserves discount, légumes en fin de vie proposés au rabais, produits frais à date limite d’utilisation optimale courte. Il professe que le pain frais est indigeste, aussi ne mange t-il que du pain de l’avant-veille. S’il partait en vacances, lui qui pourrait séjourner dans les hôtels les plus somptueux, il se contenterait de louer des chambres miteuses dans quelque boui-boui crasseux en périphérie d’une grande ville. Soyons justes, l’avare ne goûte guère aux vacances…

    Ses enfants, lui qui pourrait les gâter de mille manières, il les élève à la rude : pas de sortie, pas de console, pas d’ordinateur ; que le strict minimum. Jour après jour, sans jamais se relâcher, il leur enseigne la valeur de l’argent. Rien ne comble davantage un avare que de mettre au monde de jolies petites têtes d’avaricieux.

    Commencez-vous à réaliser combien la vie de l’avare est une vie de dur labeur toute entière vouée à l’accumulation de richesses dont jamais il ne profitera ? Vous avez bien entendu… Jamais l’avare ne tirera de sa poche le moindre petit billet pour s’offrir un petit plaisir. Manger une glace en regardant la mer, s’asseoir à une terrasse et commander un café, aller au cinéma… Tous ces petits plaisirs qui font paraître la vie plus plaisante, l’avare se les interdit. Rendez-vous compte ! Lui qui aurait mille fois plus que vous la possibilité de se les offrir, il se les interdit !

    Savez-vous pourquoi il ne se laisse pas distraire ? Parce qu’il poursuit une noble cause. Son énergie il la dépense à accumuler des richesses, à gonfler ses comptes en banque, à faire fructifier ses économies. Il spécule avec intelligence, cache des liasses de billets dans les piles de draps, gratte sur toutes les dépenses de son foyer, guette les promotions, les bons de réduction, compare les prix, se chauffe à l’économie, s’éclaire avec parcimonie, se lave des pieds à la tête avec un verre d’eau. Et, faisant sien le précepte selon lequel les petits ruisseaux font les grandes rivières, il n’oublie pas de remplir ses tirelires de menue monnaie. S’il est maigre c’est qu’il mange peu. Si ses habits sont rapiécés c’est qu’il attend qu’ils soient usés jusqu’à la corde avant d’en acheter d’autres.

    Convenez avec moi que la vie de l’avare est une vie de souffrance, une vie de sacrifice. La souffrance serait un péché ? L’esprit de sacrifice serait un péché ? Première nouvelle !

    La vérité est que la vie de l’avare est une vie d’abnégation. Les richesses qu’il accumule sa vie durant il les lègue à ses héritiers. Le jour de sa mort il ne profite même pas des mines enjouées de ses ayant droits découvrant l’ampleur de leur fortune. On ne peut qu’être confondu devant une telle générosité, un tel don de soi…

    Il arrive que l’avare, ayant été par trop regardant de ses sentiments tout au long de sa vie, disparaisse sans laisser de descendance. Le jour de sa mort, son geste n’en est que plus magnifique. Car alors sa fortune revient à l’Etat qui, dans sa grande sagesse, s’empresse de l’utiliser pour le bien commun en construisant des écoles, des hôpitaux, des routes.

    Le mauvais Procès fait à l'avare

    Oui, loin d’être un fesse-mathieu, l’avare est un être d’une bonté jamais démentie. Ses largesses sont désintéressées. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il attend d’être trépassé pour laisser libre cours à sa prodigalité ? C’est à nous de l’honorer, de le laver enfin de toute l’ignominie dont on l’a injustement sali. Et de lui donner enfin la place qu’il mérite sur l’autel des grands hommes. Celle d’un bienfaiteur de l’humanité.

     

     

    ©Pierre Mangin 2016

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