• A gauche toute !

    Partir me démange. Changer d’horizon, voir autre chose que ce que j’ai sous le nez.

    Et pourquoi pas ? Je pèse le pour, je pèse le contre. J’entends déjà les reproches, les jérémiades. La famille, les enfants, les amis. « Ce n’est pas raisonnable ! » « Il  ne se rend pas compte ! » « Dans son état ! » « À son âge ! » Le voilà bien l’argument définitif. À son âge... Sous entendu il y a un temps pour tout. Un temps pour l’insouciance, les départs impromptus, les voyages improvisés. Et un autre pour la raison soporifique, les journées immobiles, les surplaces prévisibles.

    Et pourquoi pas ? La question me taraude. Je la répète en boucle. Je pèse le pour, abandonne le contre. Partir… Le voyage, l’aventure, les rencontres. Au fond, je ne vois que du pour à quitter la monotonie policée d’un quotidien sans surprise pour les grands espaces inconnus. Ma décision est prise, je n’en parlerai ni à mes enfants, ni à mes amis. Trop peur qu’ils tuent dans l’œuf ma soif d’espace. Trop peur qu’ils se lient pour m’interdire tout mouvement, pour m’imposer leur vision de ma vie.

    D’ailleurs à mon âge, comme ils savent si bien dire, je n’ai pas le temps de préparer mon expédition en amont. Pas le temps pour prévenir mes proches. Pas le temps pour un programme défini ou un itinéraire établi. Qu’importe ! J’improviserai ! Quoi de plus exaltant que d’aller là où portent l’envie des pas ? Je me contrefiche de connaître ma destination à l’avance. Ce que j’aime, c’est le voyage. Ne plus être ici et ne pas encore être ailleurs…

    Ce soir, bercé par l’imminence de mon départ, je m’endors du paisible sommeil du juste. Quand je me réveille une nuit d’encre dégouline de la fenêtre sans rideau. Minuit douze indique l’écran à quartz du radio réveil. Pourquoi attendre ? Pourquoi attendre un demain hypothétique quand je peux partir là, tout de suite, maintenant, au plus creux de la nuit ?

    Une heure plus tard je suis prêt. J’ai peiné à réunir l’indispensable pour mon voyage. Cette manie de tout ranger ! Impossible de mettre la main sur mes chaussures. J’en rigole tout seul ! Les enfants m’ont offert des charentaises en croyant qu’elles allaient me river au sol, m’y clouer plus sûrement que des pointes de charpentier ! Quel délicieux pied de nez de les chausser pour mon errance.

    Je ne me fatigue pas à fermer la porte derrière moi. Je possède si peu, qui voudrait me voler ?

    Je commence ma longue marche d’un pas lent. Pourquoi me presser ?

    Au premier carrefour j’hésite sur la direction à prendre. À droite, à gauche, tout droit ? Toute ma vie j’ai voté à gauche, même s’il y a belle lurette que j’ai compris qu’ils étaient aussi bêtes que les autres. Alors j’opte une fois de plus pour la gauche.

    À croire que tout le quartier est endormi. Pas un bruit, pas une lumière. Par des portes entrouvertes me parviennent des balbutiements incompréhensibles, des bâillements étouffés, des ronflements de sonneur. Au loin j’aperçois une vague lueur qui rougeoie par intermittence. J’entends aussi des mélopées lancinantes d’instruments primitifs. Des Bip, des Tût, accompagnés d’une percussion cliquetante. Peut-être des autochtones réunis autour d’un feu pour célébrer quelque culte ésotérique. J’hésite à m’approcher. S’il s’agissait d’une tribu anthropophage, ou de pygmées réducteurs de tête ?

    Je choisis la prudence et continue ma route. Au deuxième carrefour je n’hésite pas un instant. À gauche toute ! Des parfums d’arabica me chatouillent les narines. Peut-être suis-je déjà en train de longer l’Equateur. Ou le Brésil. À moins qu’il ne s’agisse du Costa Rica. Les arômes généreux font remonter à la surface des souvenirs anciens. Le café que nous partagions l’hiver, sur les chantiers, les doigts serrés sur le gobelet de métal pour les réchauffer.

    Au troisième carrefour je ne me pose pas de question. À gauche ! Je longe ce qui pourrait bien être la forêt équatoriale. J’aperçois quelques bancs, posés là par des indigènes sans doute, mais je ne m’arrête pas. Je continue du même pas glissant.

    À l’intersection suivante je bifurque sans même m’en rendre compte. À gauche toujours ! Peu après je la vois. Je comprends mon erreur. J’aurais dû pratiquer l’alternance, à toujours tourner à gauche j’ai bouclé la boucle. Elle est là qui m’attend. Je n’ai pas besoin de la pousser, je ne l’avais pas fermée. Je vais prendre un peu de repos avant mon prochain départ. Je m’assois lourdement sur le lit. Quelle belle excursion je viens de vivre. Pour la finir en beauté je décide d’en griller une petite. Les docteurs me l’interdisent. Mes enfants aussi. Arriver à mon âge et être obligé de fumer en cachette, quelle misère !

    J’ai tout juste le temps d’inhaler deux longues bouffées nicotinées qu’elles déboulent dans ma chambre. Elles sont trois ! Tout le service de nuit. Elles sont furieuses. La première m’arrache ma cigarette pour l’éteindre au lavabo. La seconde gesticule. « Qu’est-ce que vous faites tout habillé ? ! Ça fait une heure qu’on vous cherche partout ! » La troisième ne mâche pas ses mots. « Vous avez décidé de nous pourrir la nuit ? Vous allez voir ce que vous allez voir ! » Quelques minutes plus tard je me retrouve en pyjama, au fond de mon lit. Les scélérates ! Elles installent les barres pour que je n’en puisse plus sortir. Comment ose t-on encager des hommes qui n’ont rien fait de mal ? En quittant la chambre la troisième à sur le visage un horrible petit air de victoire. Si elle pouvait elle me mettrait des chaînes aux pieds celle-là mais le règlement le lui interdit. .

    Décidément, à la Closerie du Gué où mes enfants m’ont mis pour mon bien, ils ne comprendront jamais rien à mes envies de voyage.

    A gauche toute !

    ©Pierre Mangin 2018

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  • Posséder une petite cylindrée n’avait jamais empêché Alex de traverser la France d’Est en Ouest ou du Nord au Sud. Il aimait plus que tout partir, rouler loin sans s’inquiéter du retour, pour le seul plaisir d’être là, bien calé dans son fauteuil avachi par les ans, les deux mains sur le volant à écouter un auto-radio qui ne connaissait ni les CD, ni les MP3, mais qui lui bousillait allégrement ses dernières cassettes.

    COLLISION, ou la petite cylindrée contre le puissant 4X4

    Alex aimait rouler mais il n’avait jamais été un fou du volant. Il prenait soin de sa Saxo, sa petite Zézette comme il l’appelait affectueusement, et appréciait la conduite pépère. En moyenne soixante-dix kilomètres heure sur la route, avec de temps en temps une petite pointe à quatre-vingts en ligne droite pour décrasser le moteur comme le lui avait conseillé son garagiste. Il lui était arrivé deux ou trois fois de frôler les cent dix sur l’autoroute. Mais depuis longtemps il avait abandonné l’idée de prendre les voies autoroutières, préférant nationales et départementales. En ville il ne dépassait jamais les quarante, même sur les boulevards. Insensible aux coups de klaxon agacés des autres usagers, il continuait son bonhomme de chemin.

    Hélas, sans doute l’avez-vous remarqué, tous les automobilistes ne sont pas adeptes de la conduite pépère.

    Un jour néfaste, alors qu’il s’engageait sur un rond-point, juste à l’entrée d’une petite ville de province, ce qui devait arriver arriva. Projetant de sortir à la deuxième sortie et donc de ne pas effectuer plus de la moitié du rond-point, Alex resta bien sagement sur la voie de droite. Mais le conducteur qui le suivait depuis six kilomètres, bouillant de ne pouvoir le dépasser, s’avisa de profiter de l’aubaine. Au mépris des règles élémentaires du code de la route, il fit vrombir le moteur de son puissant 4X4 et s’engagea délibérément sur la voie de gauche. Il doubla l’infortuné Alex avant de se rabattre, enlevant au passage à la pauvre Saxo un portière, une aile, la calandre ainsi qu’une multitude de pièces mécaniques indispensables au bon fonctionnement d’un véhicule automobile.

    Fracas des tôles, crissements inutiles des freins, sifflements des airs bags, cris atterrés des témoins, et enfin le silence après qu’un enjoliveur a cessé de danser sur le bitume. En s’extrayant de sa voiture désormais méconnaissable, Alex eut bien envie de marmonner : « C’est sûr, elle va moins bien marcher ! », mais il garda pour lui cette réflexion toute droit sortie du septième art.

    Le conducteur fautif s’étant à son tour extrait de son siège regarda les dégâts sur son puissant 4X4. Son par-buffle à l’avant s’ornait d’une rayure disgracieuse. Une rayure de sept centimètres, peut-être dix. Cela peut sembler infime au regard des dégâts encaissés par la pauvre Saxo (en réalité la caisse avait mal encaissée le choc) mais le propriétaire du 4X4 était furieux. Rempli de mauvaise foi il fonça sur Alex :

    COLLISION, ou la petite cylindrée contre le puissant 4X4

    — Vous êtes en tort !

    — Non c’est vous !

    — Vous roulez comme une limace !

    — Et vous comme un baroudeur !

    — Ectoplasme !

    — Coloquinte !

    — Marin d’eau douce !

    — Bachi-bouzouk !

    — Espèce de porc-épic mal embouché !

    — Bougre d’extrait de cornichon !

    Tous deux avaient lu les aventures de Tintin dans leur jeune âge. Il en reste toujours quelque chose.

    En panne d’insultes, le conducteur fautif proposa d’en venir aux mains. Ce qu’Alex déclina. De constitution non pas chétive, disons fluette, Alex ne pouvait prétendre faire le poids face à un conducteur de 4X4 mis en fureur par une rayure de sept centimètres (peut-être dix) sur son pare buffle. D’ailleurs Alex avait toujours eu la violence en horreur. Déjà tout petit il rechignait à participer à ces joyeuses bagarres générales qui se déclenchaient dans la cour de l’école au moment où les maîtres, lassés de surveiller la tripotée de gamins bruyants dont ils avaient la charge, filaient en douce à l’intérieur boire un café chaud et enfourner un ou deux croissants que leur collègue, maman depuis peu, avait apportés manière de fêter comme il se doit l’événement. Alors, se coltiner avec un conducteur de 4X4 furieux et qui de plus, semblait plutôt baraqué, non, Alex, ça ne lui disait rien.

    L’idée d’une baston étant abandonnée il fut donc convenu entre les deux paries d’établir un constat amiable.

    Les fameuses feuilles bleues sorties de la boîte à gants du 4X4 (la boîte à gants de la Saxo était difficilement atteignable, quant à l’ouvrir il ne fallait pas rêver) ils s’attaquèrent au croquis. C’était ardu. Il fallait dessiner le cercle du rond-point, les rectangles des voitures, des flèches comme autant de vecteurs pour exprimer leur direction, une croix pour l’impact. Sans oublier de bien évaluer l’angle de la collision et de tracer des médianes pour évoquer le marquage au sol de la chaussée. À l’école Alex n’avait jamais été très fort en géométrie. La matière lui donnait plutôt envie de prendre la tangente. Il avait encore en tête le souvenirs des douloureux moments de solitude qu’il traversait lors des redoutés devoirs sur table. Alors, tout naturellement il proposa au propriétaire du puissant 4X4 de s’acquitter de cette corvée. Flatté par cette marque de confiance mais tout aussi embarrassé, le propriétaire du puissant 4X4 rétorqua qu’il se sentait plus à l’aise poings fermés à cogner ses contemporains qu’avec un crayon dans la main à dessiner des croquis.

    Reportant à plus tard l’épreuve du schéma, les deux conducteurs décidèrent de s’atteler à la rédaction de tous les renseignements d’ordre administratif qu’exige la tenue d’un constat amiable. C’est le moment que choisit Alex pour avouer qu’il n’avait pas d’assurance… Loin d’être choqué par cet aveu, le conducteur fautif lui assura tout heureux que lui non plus n’était pas assuré.

    Mis en confiance par cette salutaire révélation, Alex avoua qu’il ne possédait pas non plus ce précieux sésame que l’on nomme permis de conduire, qu’il ne s’était jamais présenté à l’examen et que s’il avait adopté depuis quarante ans la conduite pépère ce n’était pas tout à fait par choix personnel. Lui aussi aurait bien aimé de temps en temps rouler comme un fada, dépasser les limitations de vitesse, franchir les lignes blanches, couper les virages et tout le reste. Non, s’il avait adopté la conduite pépère c’était d’abord et avant tout pour ne pas se faire remarquer des forces de police ou se faire bêtement gauler par un contrôle radar. Frauder depuis quarante ans et se faire griller pour quelques kilomètres à l’heure de trop au compteur aurait été trop bête.

    — Ça tombe bien reprit le propriétaire du puissant 4X4  totalement réjoui par ce second aveu, on m’a retiré le mien la semaine passée !

    Ayant épuisé leurs dénominateurs communs, les deux conducteurs repartirent dans le puissant 4X4 après avoir poussé la Saxo impotente sur le bas côté.

    Foin des croquis, des schémas compliqués, des cercles, des rectangles, des angles, des médianes. Le propriétaire du puissant 4X4 connaissait des types capables de maquiller à merveille n’importe quelle voiture. Ils sauraient sans aucun doute réparer la petite Saxo d’Alex mis à mal par l’événement.

     

    ©Pierre Mangin 2017

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  • Clara

    Pourquoi faut-il toujours qu’elle se mêle de tout ? À chaque fois c’est la même histoire, elle rajoute son grain de sel. L’autre jour, alors que j’avais fait exactement tout ce qu’on me demandait, il avait fallu qu’elle fasse son intéressante. Maman m’avait demandé de ranger ma chambre. Depuis une semaine elle me le demandait. Elle se plaignait de ne plus pouvoir faire le ménage correctement, d’avoir dix mille choses à déplacer avant de pouvoir passer l’aspirateur. Dix mille c’est un peu exagéré, mais les adultes sont ainsi, ils aiment exagérer les choses. Elle m’avait puni, interdit d’aller voir les copains avant d’avoir rangé ma chambre. Du coup pendant plus d’une heure je m’étais activé. Les jouets dans le coffre, les livres sur les étagères, les petites voitures dans la caisse, les legos dans leur boîte, les crayons dans le tiroir. Tout bien pour pouvoir sortir avec les copains. Maman allait être contente. J’étais allé la trouver dans la cuisine avec mon plus joli sourire d’enfant sage :

    — Ça y est Maman ! J’ai tout rangé !

    Maman, lui dire ça ne suffit pas. Elle veut voir.

    — Laisse-moi finir ça, je vais vérifier.

    Moi je voulais qu’elle vienne tout de suite. Dehors les copains m’attendaient.

    — Viens voir, Maman ! Viens voir tout de suite, s’il te plait !

    Ne pas oublier le s’il te plait. Jamais. Mais Maman, le s’il te plait, ça ne suffit pas toujours.

    — Je t’ai dit que je finissais ce que j’ai commencé et ensuite je viens voir ta chambre ! Tu attends !

    Tu attends, tout à l’heure, une minute… Ça fait partie de la punition. C’est une façon qu’ont les adultes de prolonger les punitions l’air de rien. Maman, quand elle prend ce ton là, un ton un peu énervé, un peu sec, je sais qu’il ne faut pas insister. Insister c’est gagner à coup sûr une autre journée sans sortir. Ou une inspection de la chambre façon militaire, comme dans l’émission Garde à vous. Papa quand il regarde ça il dit toujours que les jeunes ça leur ferait pas de mal de revivre le service militaire.

    Alors j’ai attendu. Attendu que Maman, enfin, vienne voir ma chambre. Les adultes ne se rendent pas compte. À les entendre il n’y a qu’eux qui ont des choses importantes à faire. Et mon rendez-vous avec les copains, ce n’est pas important ? Faut pas croire, les copains ils vous attendent un peu, et si c’est trop long, ils repartent. C’est tant pis pour vous. Il y a les copains, et les copines aussi. On devait prendre nos vélos pour rejoindre une bande de filles. Des filles sympas qui aiment bien traîner avec nous. Et dans la bande de fille, il y a Clara. Clara, tout le monde l’aime bien. Et même, il y en a un paquet qui sont amoureux d’elle.

    Moi aussi je suis amoureux de Clara. Un jour je lui ai pris la main, et je lui ai dit comme ça :

    — Il est chouette ton bracelet !

    Au fond le bracelet je m’en foutais un peu. C’est tout ce que j’avais trouvé pour lui prendre la main. Mais Clara elle était toute contente que j’aime bien son bracelet. C’est son parrain qui lui avait offert, pour ses dix ans. Du coup elle m’a laissé le regarder pendant longtemps. Enfin longtemps, pas des heures non plus ! Moi je lui tenais la main et mon cœur il battait super fort. Je savais pas trop quoi dire, je regardais plus trop son bracelet, mais plutôt sa main, sa main dans la mienne. Et ça c’était extraordinaire.

    Pour finir je lui ai lâché la main en lui disant un truc du genre :

    — Oui, il est vraiment chouette ton bracelet.

    Clara elle souriait, et moi je me trouvais nul. « Oui, il est vraiment chouette… » Au lieu de lui dire : « Clara, je t’aime ! » Moi dans ma tête j’imagine plein de choses. J’imagine que je lui dis les poèmes que j’écris en cachette en pensant à elle, j’imagine que je la prends par la main pour marcher sur le trottoir, j’imagine que je la serre dans mes bras… Et même j’imagine que je l’embrasse sur la bouche. Et que elle, bien sûr, elle est contente, super contente. Et puis quand je suis avec elle, j’imagine plus rien. Je suis comme un grand couillon devant elle. « Il est chouette ton bracelet… » Dès fois je suis d’un lourd…

    Ce dont j’ai peur, c’est qu’un autre me la souffle. Qu’un autre soit un peu moins timide que moi, un peu plus dégourdi, et que Clara se laisse embobiner. Ça pourrait arriver une tuile pareille. Et ça pourrait même être un de mes copains. Parce que les copains, dans ce domaine, je veux dire avec les filles, ils s’en foutent pas mal des autres. Ils pensent à leur pomme et c’est tout.

    Alors quand enfin Maman est venue voir ma chambre, j’étais plutôt jouasse. Ma chambre c’était un sans faute. Rien qui traîne par terre, rien sur le lit, bureau rangé, livres bien disposés sur les étagères… Sûr, qu’elle allait me dire « Allez, c’est bon, va retrouver tes copains ! »

    Maman elle est entrée dans ma chambre. Tout de suite j’ai vu qu’elle était contente. Même un peu étonnée. Je le voyais à son petit sourire satisfait. Elle était fière de moi et j’étais content. Elle allait me dire d’aller jouer quand elle est entrée dans ma chambre. Elle, c’est Julie. Ma petite sœur. Elle a six ans et c’est une peste. Le plaisir suprême pour elle, c’est de me faire punir. Je n’ai pas eu le temps de lui dire de sortir de ma chambre. Après tout c’est ma chambre, elle n’a pas le droit de venir comme ça. Je n’ai pas eu le temps de lui dire de déguerpir, déjà elle interpellait Maman :

    — Maman, Maman ! Regarde, y’a plein de trucs sous le lit !

    Et là Maman s’est penchée. Elle a vu. Une demi douzaine de bandes dessinées jetées en vrac, un papier de chocolat, mon pistolet en plastic qui tire des flèches en mousse, une petite flottille d’avions en papier, un demi carambar, un malabar déjà mâché remis dans son papier pour le remâcher plus tard, des petites voitures égarées, quelques billes et ma boîte à trésor. Ben oui, quand on range sa chambre et qu’on commence à en avoir marre, c’est pratique et rapide de flanquer sous le lit. Mais pas quand on a une fouine en guise de petite sœur.

    Cette fois je la détestais. Elle me paierait ça très cher, je m’en faisais la promesse.

    Je me préparais à prendre l’engueulade de ma vie et à recevoir la punition qui va avec. C’est ma sœur, cette petite garce, qui a été bien surprise.

    Maman lui a dit que ce n’était pas joli joli de dénoncer son grand frère. En clair elle lui a dit de s’occuper de ses fesses. Ah ! Elle faisait moins la maligne la rapporte paquets en retournant dans sa chambre !

    — Quant à toi, m’a dit Maman, je te préviens. Si il y a encore le moindre objet sous ton lit demain matin à l’heure où je passe l’aspirateur, tu vas t’en souvenir très longtemps. Fais-moi confiance… Maintenant va jouer avec tes copains !

    Je me suis jeté dans ses bras et j’ai promis. Dans ces moments là j’ai la promesse facile…

    Il était temps que j’arrive, les copains allaient partir. On a filé avec nos vélos pour rejoindre les filles. Clara était là. Je me sentais prêt à tout lui dire. C’était le bon jour, j’en étais sûr. J’étais heureux, et même si mon cœur battait à deux mille à l’heure j’allais trouver les forces de lui dire que j’étais amoureux d’elle.

    Quand je l’ai vue se précipiter sur Enzo à peine qu’il était descendu de vélo, quand je l’ai vue se précipiter sur Enzo et l’embrasser sur la bouche… J’ai dit aux copains qu’il fallait que je rentre.

    Fallait que je range ma chambre…

     

    ©Pierre Mangin 2017

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