• Humains... Vous avez dit Humains ?

    « Humains… Vous avez dit Humains ? » est mon premier recueil de nouvelles écrit en solo, publié en 2009 aux Editions Nouvelles Paroles. Les personnages qui peuplent les quatorze nouvelles du recueil, sont souvent cabossés, usés, abîmés par la vie. Ils sont ces êtres fragiles que l’on croise parfois, des êtres en équilibre sur un fil tendu entre humanité et… inhumanité.

    Le recueil compte 158 pages et coûte douze euros.
    Les Editions Nouvelles Paroles ont disparu. Vous ne trouverez plus le livre chez votre libraire.
    Si vous souhaitez le commander adressez-vous directement à l'auteur en utilisant le lien CONTACT de ce blog.
    Il m’en reste quelques exemplaires, c'est avec plaisir que je vous en adresserai un par la poste.
    J’offre les frais de port, mais chut, il ne faut pas le dire…
    Si vous souhaitez une dédicace, ça ne vous coûtera rien de plus…
    Pour vous mettre l’eau à la bouche, trois extraits tirés de trois nouvelles différentes du recueil.

    Mes chers voisins :

    J'ai péniblement traîné tout l'hiver entre rhinite galopante et bronchite protéiforme, asthénie rampante et dépression larvée. Jamais cette foutue saison ne m'avait paru aussi longue. Des jours sans soleil succédaient à des nuits sans lune, et le brouillard, chaque matin, s'épaississait davantage, jusqu'à devenir une véritable purée de pois, froide, humide, foutrement pénétrante.
    Avec le retour du printemps et des premiers beaux jours je me suis surpris à reprendre goût à la vie. Sortir du lit n'était plus tout à fait une corvée, envisager une activité sociale plus tout à fait une montagne à déplacer.
    Oh ! Je sais… Mon activité sociale est aujourd'hui réduite à la portion congrue. Et je subis toujours les remarques acerbes, les réflexions cinglantes, les paroles désobligeantes. Elles fusent à peine je mets le pied hors de chez moi. Mes chers voisins ne prennent même plus la peine de se dissimuler pour médire de ma personne. Ils dégoisent sans vergogne, se souciant peu de blesser ou non mon amour propre. D'ailleurs, imaginent-ils une seconde que leurs propos soient susceptibles de m'offenser ? Ils ne disent que la vérité… Pensent-ils. Et depuis quand la vérité offense t-elle ? La vérité, c'est bien connu, n'offense que celui qui la rejette. La vérité n'offense que des types comme moi. Marginaux de tous bords, hors normes, déshérités de la vie.

    Ne cours pas, Max !

    Chaque matin, Maman me fait les mêmes recommandations :
    — Ne cours pas Max ! Tu pourrais te faire mal. Et ôte les mains de tes poches quand tu marches. Tu imagines si tu tombais ? Tu ne pourrais pas te protéger et tu te blesserais. Ta jolie petite figure serait toute abîmée.  Et sois prudent  ! Surtout sois prudent…
    Tous les jours, les mêmes inquiétudes, les mêmes conseils.
    Alors je descends les trois étages lentement. Maman ne me permet pas de prendre l'ascenseur. Et si elle m'entendait courir dans l'escalier, elle serait capable de je ne sais quoi. D'hurler par la fenêtre, de me gronder devant tout le monde, de dire à tous les voisins que je suis un mauvais garçon.
    Dans la rue je ne me retourne pas. Elle me regarde, je le sais. Je sens ses yeux sur mes épaules. Mais je ne me retourne pas. Je traverse au feu, j'attends docilement que le petit bonhomme soit vert. Je marche sur le trottoir en me poussant pour laisser passer les personnes âgées. Je suis un garçon bien élevé. Mais je ne me retourne pas. Je marche ainsi jusqu'au bout de la rue. Au carrefour je tourne à droite. À la fenêtre de la cuisine, Maman guette. Je le sais. Elle espère que je me retourne pour lui faire un signe de la main. Mais je ne me retourne pas. Peut-être agite t-elle la main quand même… Ça je ne le sais pas : je ne me retourne pas. Peut-être aussi ferme t-elle la fenêtre en pleurant. Maman pleure souvent.
     

    Samu Littéraire :

    Urgent : Samu littéraire cherche bénévoles.

    Elle m'avait interpellé. Je l'avais trouvée dans le « Grati's Annonces », un journal distribué gratuitement dans les boîtes aux lettres. Habituellement je n'y prête guère attention, trouvant la lecture de ces pages plutôt fastidieuse. Mais je l'avais feuilleté, par désœuvrement, en buvant mon troisième café de la matinée. Et l'annonce m'avait sauté au visage. Il faut dire qu'elle était en première page, encadrée de rouge, et qu'il était difficile de ne pas la voir… Toute la journée j'y avais pensé. « Samu Littéraire cherche bénévoles »… Ce devait être un canular. Un petit rigolo, sans aucun doute, avait inventé cette histoire. Il y avait un numéro de téléphone. Certainement, le rigolo faisait une blague à l'un de ses potes. Et le type serait embêté toute la semaine par des coups de fil auquel il ne comprendrait rien…

    Le soir, je n'y tenais plus. J'ai composé le numéro. Après tout, s'il y  avait une bonne blague à faire,  autant participer ! Ma curiosité était émoustillée, je voulais savoir combien de coups de fil ce pauvre type allait subir dans sa journée !
    — Samu Littéraire, Florence à votre écoute…
    J'ai eu un moment d'hésitation. De flottement… La voix était celle d'une standardiste, neutre et chaleureuse en même temps. Je m'attendais à tout, sauf à ça. Et si ce n'était pas une farce ?
    — Je… hum… Je téléphone pour l'annonce, ai-je bredouillé un peu bêtement… En première page.
    — Connaissez-vous notre action, monsieur ?
    — Ben… En fait, non, pas vraiment…
    — Le Samu Littéraire, association loi 1901, a pour vocation d'intervenir dans des situations de crise, d'urgence, quand le pronostic vital d'un individu est menacé.
    — Le pronostic vital ? Je ne comprends pas…
    — Tous les secouristes apprennent qu'à partir de l'instant où les fonctions vitales d'un individu sont en danger – conscience, circulation, ventilation – l'individu lui-même est en danger de mort. Il faut agir rapidement et rétablir au plus vite ces fonctions afin d'éviter des séquelles graves. Voire la mort… Nous procédons selon les mêmes protocoles. L'acculture gagne chaque année du terrain. Une large frange de la population en est réduite à survivre avec moins de quatre cents mots de vocabulaire. Les séquelles, nous les connaissons : agressivité, irrespect, incivisme, dégradations des biens, violence aux personnes.

     © Pierre Mangin

    « Ouvrages collectifs, revues »
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